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 Kahneman et la psychologie diplomatique

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MessageSujet: Kahneman et la psychologie diplomatique   Dim 25 Fév - 2:03

Kahneman et la psychologie diplomatique
Par Antoine B. le samedi 24 février 2007, 17:54 - Lien permanent

Ne ratez pas, dans le troisième numéro de la version française de Foreign Policy, cet article de Daniel Kahneman, prix [de la banque de Suède blablabla] Nobel d’économie spécialisé en économie expérimentale, et Jonathan Renshon, intitulé Psychologie du Faucon.

Cet article part du constat suivant : en période de tensions diplomatiques, les dirigeants politiques sont souvent confrontés à deux types de conseillers : les colombes et les faucons. Les premiers sont partisans du dialogue et des concessions, tandis que les faucons tendent à privilégier la manière forte, donc les interventions militaires. L’argument des auteurs est qu’il existe une série de « biais » cognitifs qui conduisent les décideurs à privilégier les thèses des faucons pour des raisons irrationnelles.

L’excès d’optimisme sur les chances de succès est un de ces biais. La plupart des individus surestiment leur force et leur capacité à contrôler une situation de crise. Ainsi, 80% de la population se croirait, de bonne foi, plus intelligent que la moyenne, ce qui n’est guère compatible avec une répartition gaussienne de l’intelligence.

Si les déboires américains en iraq sont l’illustration de cet excès d’optimisme qui vient spontanément à l’esprit, les auteurs rappellent que les belligérants de la guerre de 14-18 étaient sans doute sujets au même type de biais.

Autre biais : la « dévaluation réactive ». Ce biais consiste à dévaloriser une mesure de conciliation, si elle provient de l’adversaire. On se souvient du succès qu’Ariel Sharon avait remporté dans l’opinion Israélienne en ordonnant le démantèlement des colonies dans la bandes de Gaza. On peut penser que si cette politique avait été préalablement réclamée par le Hamas dans le cadre d’une proposition de désarmement, par exemple, elle aurait sans doute été bien moins populaire, alors qu’elle aurait sûrement été plus avantageuse. De même, des concessions faites à l’Iran ou à la Corée du Nord dans le cadre des négociations sur leurs programmes nucléaires seront perçues comme des échecs si elles font partie d’un plan proposé par Mahmoud Ahmadinejed ou Kim Jong Il.

Les économistes connaissent bien le paradoxe d’Allais. Kahneman a développé, pour expliquer ce paradoxe, la théorie des perspectives. Selon cette théorie, les agents économiques sont averses à la perte, et son prêts à prendre un risque, même si celui-ci conduit à détériorer l’espérance mathématique de ses gains, afin d’échapper à une perte certaine. Il en irait de même des décideurs politiques confrontés à une situation de crise. Accepter un plan de conciliation passe par l’acceptation de concessions, qui sont considérées comme des pertes. Ces pertes sont certaines si chaque camp accepte le plan. En revanche, déclancher les hostilités peut entraîner des pertes bien plus grandes, mais permet l’espoir, en cas de succès rapide, d’éviter ces concessions et donc d’être dans une meilleure situation que si on les avait acceptées.

Si l’étude de ces biais ne condamne pas, par principe, les positions des faucons (le cas de la seconde guerre mondiale le rappelle opportunément), elle éclaire d’une façon assez nouvelle la lecture des crises internationales. Toutefois, cette théorie explique difficilement le soutien populaire aux accords de Munich (à la limite, elle explique le « bandes de cons » adressé par Daladier à la foule française venue l’acclamer) ou ce qui peut s’apparenter à un biais moralisant en faveur des colombes dans la diplomatie et l’opinion françaises. (j’entends par biais moralisant une attitude qui consiste à considérer non pas que les faucons ont tort stratégiquement, mais qu’ils commettent une faute morale d’être des faucons, quelle que soit la nature de leurs adversaires)

Commentaires
1. Le samedi 24 février 2007, 22:57 par PAC
Cet article est très intéressant, mais je trouve ça assez curieux que la psychologie de Kahneman s'adapte à des décisions de cette nature. Autant dans la vie de tous les jours, nous avons un grand nombre de décisions à prendre et il est normal que nous ayons recours à des routines qui peuvent être biaisées, autant en ce qui concerne les décisions politiques, le rôle des conseillers est justement de faire des rapports qui permettent de juger en connaissance de cause.
S'agit-il d'une simple application de la théorie de Kahneman à la diplomatie ou bien y a t'il quelques éléments empiriques permettant de soutenir cette thèse ?

2. Le dimanche 25 février 2007, 01:52 par Antoine B.
Bonne question, PAC. L'idée que, à ce niveau, les biais cognitifs devraient être corrigés n'est sans doute pas à négliger. Pour répondre précisément à la question, cet article s'appuie en fait sur un certain nombre d'exemples historiques, mais cela ne constitue pas une vérification empirique de la validité de la théorie. Certains faits sont mis en avant, pas d'autre (d'où ma mention du pacte de Munich). Ceci dit, c'est une théorie qui a le mérite de susciter l'intérêt.

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